La chamoisine adaptée aux bijoux plaqués est un chiffon non imprégné : coton doux non traité ou microfibre fine à tissage lisse, utilisé à sec et sans appuyer. La chamoisine imprégnée, celle qui « fait briller » l’argenterie, contient un agent de polissage qui retire de la matière à chaque passage, et la couche d’or d’un bijou plaqué ne mesure que 3 microns. Le même mot désigne pourtant trois chiffons différents : voici comment les reconnaître sur l’emballage, quel geste n’use pas la finition, et comment lire la trace laissée sur le tissu.
La bonne chamoisine pour un bijou plaqué est celle qui ne contient rien
Un bijou plaqué or est un métal de base, le plus souvent du laiton (cuivre et zinc), recouvert d’une couche d’or déposée par galvanoplastie. La DGCCRF fixe le minimum à 3 microns pour l’appellation « plaqué or » ou « doublé or », avec un alliage d’au moins 500 millièmes et un poinçon de fabricant spécifique. Sous 3 microns, le bijou se vend seulement comme « doré », et un doré à l’or fin courant tourne autour de 1 micron.
3 microns, c’est 0,003 mm : une couche 25 fois plus fine qu’un cheveu de 70 microns. L’or déposé est tendre (l’or pur plafonne à 25 HV sur l’échelle Vickers, le laiton dépasse 100 HV), donc il cède avant le métal qu’il recouvre. Un chiffon qui polit enlève quelques centièmes de micron par séance appuyée : une centaine de séances suffisent à percer le placage sur les arêtes, là où le frottement se concentre. Un chiffon sec et neutre, lui, ne retire que la poussière, le sébum et les traces de doigts posés sur l’or, sans entamer le métal.
Imprégnée, microfibre, coton, peau de chamois : ce que chaque chiffon fait au placage
Le mot « chamoisine » vient de la couleur jaune pâle de la peau de chamois. En droguerie, il désigne un coton gratté jaune non traité ; en bijouterie, il désigne presque toujours un chiffon imprégné d’un agent de polissage à grain très fin, souvent complété, pour l’argent, d’un inhibiteur de ternissement. Les deux portent le même nom et n’ont pas le même effet sur une couche de 3 microns.
| Chiffon | Composition | Effet sur le placage | Usage sur bijou plaqué |
|---|---|---|---|
| Chamoisine imprégnée (Hagerty Gold Cloth, Silver Cloth, chiffons « polish ») | Coton enduit d’un agent de polissage + anti-ternissement | Retire de la matière à chaque passage | À proscrire en routine ; jamais sur le doré |
| Microfibre lisse non imprégnée | Polyester/polyamide 80/20, fibres de moins de 1 décitex | Capte le gras sans abraser | Le meilleur choix au quotidien |
| Coton doux non traité (flanelle, chamoisine de droguerie) | 100 % coton gratté | Neutre, absorbe bien l’eau | Adapté au séchage et à l’essuyage |
| Peau de chamois naturelle | Cuir de mouton tanné à l’huile de poisson | Retient grains de sable et résidus gras | Déconseillée : raye si elle est chargée |
| Essuie-tout, mouchoir en papier | Fibres de cellulose | Micro-rayures, peluches dans les sertis | À éviter |
Les fiches des chamoisines imprégnées décrivent un usage sur l’or et l’argent massifs : la Gold Cloth de Hagerty vise l’or jaune, rose et gris, la Silver Cloth l’argent et le métal argenté. Aucune ne publie la composition de son imprégnation ni ne mentionne d’essai sur le plaqué. Le bijoutier Grayling écrit sans détour que le chiffon pour argent sterling « retire et raye » les bijoux plaqués.
Notre conseil : la chamoisine pour bijoux en coton enduit de notre boutique appartient à la famille imprégnée. Elle sert à raviver l’argent massif et l’or massif oxydés ; pour un bijou plaqué, gardez une microfibre neutre pour l’entretien courant et réservez-lui, au plus, une retouche ponctuelle sur un plaqué argent terni.
Comment reconnaître une chamoisine imprégnée avant de l’acheter
L’emballage le dit presque toujours, à condition de lire les bons mots. Cinq indices signalent un agent actif :
- les termes « imprégnée », « enduite », « traitée », « polish » ou « polishing cloth » ;
- une promesse d’action : « élimine l’oxydation », « fait briller », « rend superflu tout produit » ;
- la mention « ne pas laver » : le lavage dissout l’agent, preuve qu’il y en a un ;
- un toucher légèrement gras ou poudreux et une odeur de cire ;
- un chiffon double, avec une face intérieure imprégnée et une face extérieure de finition.
Une chamoisine neutre se lave en machine à 40 °C, n’annonce aucun effet sur l’oxydation et se présente souvent en lot de plusieurs pièces. Pour la microfibre, choisissez un tissage plat de 200 à 300 g/m², type chiffon à lunettes, plutôt qu’une microfibre à bouclettes de ménage qui accroche les griffes des sertis.
Plaqué or, or rose, plaqué argent, vermeil : le chiffon selon l’épaisseur
Plus la couche est fine, moins le chiffon a de marge. Le tableau croise l’épaisseur réglementaire et la chamoisine qui convient.

| Finition | Couche de métal précieux | Chiffon courant | Chamoisine imprégnée |
|---|---|---|---|
| Doré, doré à l’or fin | Moins de 3 µm (≈ 1 µm) | Microfibre sèche, sans pression | Jamais |
| Plaqué or jaune | 3 µm minimum | Microfibre ou coton neutre | Non |
| Plaqué or rose | 3 µm minimum, or allié de cuivre | Microfibre neutre | Non : le rose s’éclaircit aux arêtes |
| Vermeil | 5 µm d’or sur argent 925 | Microfibre neutre | Non : elle attaque l’or avant l’argent |
| Plaqué argent, argenté | 10 µm d’argent | Microfibre neutre | Toléré 2 ou 3 fois par an sur le noircissement |
| Gold filled (or laminé) | 5 % de la masse du bijou | Microfibre neutre | Toléré, sans appuyer |
| Or ou argent massif | Masse entière | Microfibre | Oui |
L’or rose demande une attention particulière : sa teinte vient du cuivre allié à l’or, et un polissage répété fait apparaître des arêtes plus pâles bien avant que le laiton se voie. Les pièces de la collection plaqué or rose suivent donc la même règle que le doré : microfibre sèche, aucune pression sur les reliefs. Le vermeil piège souvent ses propriétaires : le bijou est en argent massif, mais la surface visible reste un placage d’or de 5 microns, et c’est elle qui subit le chiffon.
Le geste qui nettoie sans user : 6 étapes
La chamoisine ne remplace pas un nettoyage, elle le termine. La routine qui préserve un plaqué tient en deux rythmes : un essuyage sec après chaque port, un nettoyage humide une fois par mois.

- Retirez le bijou avant de le nettoyer : on ne frotte jamais un bijou porté, la peau crée un point d’appui qui écrase le chiffon sur les arêtes.
- Posez-le à plat sur la microfibre dépliée, sur une table, jamais au-dessus d’un lavabo ouvert.
- Pliez la chamoisine en tampon de quatre épaisseurs : la pression se répartit et le doigt ne marque pas la couche.
- Tamponnez, puis essuyez dans un seul sens, 5 à 10 secondes par face, sans mouvement circulaire sur les reliefs.
- Une fois par mois, lavez 20 à 30 secondes dans une eau tiède à 30-35 °C avec une goutte de savon neutre, rincez, puis séchez en tamponnant avec un coton non traité : un bijou laissé humide ternit sur le métal de base.
- Laissez sécher 15 minutes à l’air sur le chiffon avant de ranger le bijou dans un compartiment séparé.
Ultrasons, dentifrice, bicarbonate, vinaigre, citron et bains pour argenterie restent exclus : tous agissent plus fort que n’importe quel chiffon. Avec ce rythme, un plaqué or de 3 microns garde sa couleur 5 à 10 ans.
Chaînes et mailles fines
Ne faites jamais glisser une chaîne serrée dans la chamoisine pliée : les maillons frottent les uns contre les autres et le tissu agit comme une lime. Posez la chaîne à plat, tamponnez-la par tronçons de 5 cm, puis retournez-la. Les colliers plaqué or à mailles fines s’usent d’abord aux maillons de l’attache, les plus manipulés.
Bagues, joncs et pièces de contact
Une bague touche la peau, les poignées et le clavier toute la journée : l’intérieur de l’anneau et le haut de la monture perdent leur placage en premier. Essuyez-la après chaque port, sans insister sur l’arête extérieure. Sur les bagues plaqué or portées au quotidien, un retrait pendant la vaisselle et le sport protège davantage que n’importe quel chiffon.
Boucles serties de zircons
Les fibres d’une microfibre à bouclettes accrochent les griffes et les tordent. Utilisez la face lisse, tamponnez autour de la pierre, et confiez l’arrière du serti à une brosse à dents de bébé humide plutôt qu’au chiffon.
Trace noire ou dorée sur la chamoisine : quand s’arrêter
Le chiffon renseigne sur ce qu’il retire. L’or ne s’oxyde pas : une trace grise ou noire vient du sébum, des cosmétiques ou d’une oxydation du métal de base qui affleure, et, sur un plaqué argent, du sulfure d’argent qui ternit la surface. Une trace jaune ou dorée signale l’inverse : le chiffon emporte de l’or.

Une trace dorée, même légère, impose l’arrêt immédiat de la chamoisine imprégnée et du frottement. Une teinte rosée ou cuivrée aux arêtes indique que le laiton apparaît : à ce stade, seul un replaquage en atelier, de 20 à 50 € selon la pièce, rend la couleur d’origine.
Une trace noire sur un plaqué or qui s’étend à chaque passage signale souvent une couche déjà percée : le noir vient alors du cuivre oxydé du laiton, et continuer à frotter agrandit la zone découverte.
Entretenir sa chamoisine pour qu’elle ne raye pas
Une chamoisine sale raye plus qu’une chamoisine mal choisie. Un grain de quartz de 0,1 mm logé dans le tissu est 40 fois plus dur que l’or : il trace un sillon qui traverse sans peine une couche de 3 microns.
Lavez la microfibre et le coton neutre en machine à 40 °C, sans adoucissant, qui colmate les fibres et laisse un film gras sur le bijou. Rangez-les dans une pochette fermée, à l’abri de la poussière, et réservez-les aux bijoux : un chiffon passé sur un écran ou des lunettes ramasse des particules. Remplacez une microfibre tous les 1 à 2 ans, dès qu’elle bouloche ou durcit. La chamoisine imprégnée, elle, ne se lave jamais et se change quand sa surface est noire de bout en bout ; gardez-la dans son sachet, loin des bijoux plaqués, pour qu’elle reste l’outil des pièces massives.

